Les enjeux d’une élection

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Les enjeux de l’élection du prochain président de la Banque africaine de développement (BAD) sont majeurs et d’une importance capitale pour l’Afrique et ses populations. Ce sera ce président-là qui aura la charge d’orienter les investissements nécessaires à la transformation durable d’une Afrique enfin décomplexée, sûre d’elle-même et résolue à se prendre en charge.

La BAD peut raisonnablement revendiquer et de manière légitime, sa part de contribution, fut-elle modeste au regard des besoins colossaux du continent, aux performances honorables réalisées par les économies africaines dans leur ensemble pendant la décennie écoulée. Une décennie particulièrement marquée par de nombreux soubresauts et des mutations profondes de l’économie mondiale et au cours de laquelle le continent a fait mentir toutes les prévisions pessimistes qu’on lui collait volontiers. 

Non seulement l’Afrique a résisté de manière exceptionnelle à la grave crise financière et boursière, elle a de plus surfé sur une croissance insolente d’environ 6% par an. Et ce n’est pas fini. Il est vrai que cela repose essentiellement et pour le moment sur ses immenses ressources naturelles et du sous-sol dont il lui faudra encore maîtriser la commercialisation pour en tirer le meilleur profit. 

C’est de cette croissance économique remarquable qu’il s’agit ici, au moment d’élire un titulaire au poste stratégique de président de la BAD, l’institution première de financement du continent. Comment en effet traduire cette croissance en une véritable transformation économique durable par la création d’emplois, de richesses et de plus grandes opportunités pour les populations ! Cette occasion unique qui s’offre à l’Afrique, on la doit plus directement à la présidence de Donald Kaberuka et à son équipe, mais également à ses prédécesseurs.

Une stratégie décennale

Le président sortant et son équipe l’ont si bien compris qu’afin de préserver et de capitaliser sur les acquis de la décennie, il convenait de doter la banque d’instruments de valorisation et de pérennisation de tant d’efforts et de réussites. Il s’agit notamment et avant tout de la stratégie décennale de développement, concoctée, mûrie et adoptée par les instances du Groupe de la Banque africaine de développement et qui couvre la période 2013-2022. Une feuille de route on ne peut plus claire et qui reflète la vision de l’Afrique pour elle-même. Puis, il y a le Fonds Africa50, créé à l’occasion du cinquantenaire de l’institution et spécialement réservé aux immenses besoins du continent en infrastructures de toutes sortes.

« La stratégie, argumente Kaberuka,  réaffirme les choix stratégiques de la Banque que sont les infrastructures, l’intégration économique et le secteur privé. Elle trace la voie à suivre pour parvenir à une croissance inclusive, partagée par tous les citoyens, de tous âges, sexes et régions et qui tient particulièrement compte des États fragiles d’Afrique, où vivent 200 millions d’âmes. Cette stratégie met aussi l’accent sur le renforcement de la résilience au changement climatique et  la gestion durable des ressources naturelles. »

La stratégie dégage en effet cinq domaines sur lesquels la banque axera ses activités pour améliorer la qualité de la croissance en Afrique. Il s’agit notamment du développement de l’infrastructure, de l’intégration économique régionale, du développement du secteur privé, de la gouvernance et la responsabilisation, du développement des compétences et de la technologie.

Au total, une vision qui couvre une décennie et qui peut faire de ce continent le pôle de croissance mondiale que l’on sait possible et réalisable.

Le Fonds Africa50 entend quant à lui innover dans la façon de mobiliser et galvaniser le marché africain des investissements en infrastructures. Il cherchera à concilier les objectifs stratégiques des gouvernements qui veulent répondre aux besoins considérables en investissements pour les infrastructures et l’attrait des actifs africains pour les sources croissantes de capitaux domestiques et internationaux.

Plus important encore, le Fonds Africa50 a un objectif stratégique à long terme : investir directement dans des projets 10 milliards de dollars et parvenir à 100 milliards de projets d’investissement en attirant acteurs du secteur privé et investisseurs.

L’enjeu majeur ici est que l’Afrique ne consacre que 4% de son PIB d’ensemble aux infrastructures dont les besoins en investissement sont estimés à 95 milliards de dollars par an. Et seuls 45 milliards environ sont investis, grâce au concours des gouvernements africains, des institutions de financement du développement et du secteur privé. La BAD, par conséquent, première institution de financement du continent, ne doit ménager aucun effort pour combler le fossé des investissements en matière d’infrastructures.

Voici donc ces enjeux, mais il y a tout le reste : comme toute entreprise humaine, la BAD est perfectible dans son fonctionnement, la gestion des ressources humaines, son mode d’intervention et sa capacité à intégrer les nouvelles technologies dans un monde en pleine mutation. Plus important encore, elle doit savoir actualiser son agenda et y inclure les nouveaux défis du monde tels l’environnement, le réchauffement climatique et la question du genre. Et plus spécifiquement pour l’Afrique, prendre en compte les Etats fragiles dont il faut renforcer la capacité de résilience et les situations de crises inattendues tel le virus Ebola.

Une leçon de transparence

Ainsi, il devient évident que le choix du prochain président de la Banque africaine de développement est une affaire extrêmement sérieuse en raison de son impact sur l’avenir du continent. Cela ne saurait faire l’objet de  marchandages politiques secrets entre le plat de résistance et le dessert d’un dîner entre chefs d’Etat comme cela a paru être le cas récemment au niveau de la CEDEAO, au risque d’écarter des candidats de valeur. Ce ne peut davantage être une affaire de bataille entre zones linguistiques – francophones contre anglophones -, divisions artificielles héritées de l’ère coloniale qui ignorent l’intérêt supérieur de populations à peine alphabétisées dans leur majorité dans l’une ou l’autre langue.

L’organisation d’élections primaires au niveau régional pour désigner le meilleur candidat, semble être une bonne approche à défaut de toute autre méthode plus efficace. Adoptée par la Communauté des Etats de l’Afrique australe (SADC) qui a su faire fi de ses différences linguistiques pourtant plus nombreuses qu’ailleurs en Afrique (portugais, français, anglais, swahili, afrikaans), elle a permis à un panel scientifique de choisir son candidat officiel, le Zimbabwéen Zondo Thomas Sakala, jusqu’à récemment vice-président de la BAD qui était en lice avec Dr. Maxwell Mkwezalamba, ancien ministre des Finances du Malawi et M. Themba Masuku, ancien Premier ministre adjoint du Swaziland. Ceci sans empêcher des candidatures indépendantes, telle celle du Sud-Africain Prof. Mthuli Ncube également ancien vice-président  et économiste en chef de la l’institution financière.

Une Afrique qui gagne, c’est également une Afrique pour laquelle la transparence n’est pas un vain mot.

Photo : Zondo Thomas Sakala, le candidat officiel de la Communauté de développement